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Jour
2 – mardi 7 octobre 2003
Table ronde 1 : Comment choisir ce qui doit être mis en valeur
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| Agissant comme modératrice de
cette table ronde, Helen Fotopulos, membre du comité
exécutif de la Ville de Montréal, invite le premier
intervenant, Martin Dickie, responsable du Fonds
pour la conservation de la vieille ville de Vienne, à s’adresser
à la centaine de congressistes réunis dans la grande
salle du Marché Bonsecours. |
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D’entrée de jeu, monsieur
Dickie soutient que le patrimoine urbain doit dépasser son
rôle de simple témoin du passé pour exprimer une
certaine magnificence qui « impressionne le cœur
et l’esprit », qui anime la fierté légitime
des héritiers et, bien sûr, l’intérêt
des touristes. Cette approche semble avoir profité à
la ville de Vienne où les efforts de protection et de conservation
rencontrent l’appui général de la population.
Ne se limitant pas aux seuls monuments, ces efforts touchent également
les bâtiments patrimoniaux privés et, sous désignation
de « zones de protection », le patrimoine paysager,
élément essentiel de l’identité culturelle
des quartiers. On compte actuellement 118 zones protégées
pour environ 10 000 immeubles. |
| Depuis les modifications en ce sens du Code
municipal du bâtiment, en 1972, plusieurs immeubles, non protégés
individuellement, sont tout de même soumis aux règles
patrimoniales parce que faisant partie d’ensembles urbains
qui méritent d’être conservés tels quels.
La protection de petits villages typiques, maintenant fusionnés
à Vienne, fait également partie de ce concept de conservation
en zones protégées. Comme ces règles risquent
de porter atteinte aux droits des propriétaires privés
des bâtiments touchés, Vienne a, pour éviter
tout conflit d'intérêt, créé un programme
de soutien financier aux travaux d’entretien et de restauration
afférant à leur conservation. Ce système a,
jusqu’à présent, été couronné
de succès.
Monsieur Dickie insiste enfin sur l’importance
d’occuper physiquement les immeubles patrimoniaux, de faire
appel aux talents locaux pour leur mise en valeur, de leur trouver
une vocation et de les inscrire au quotidien des citadins, afin
d’éviter qu’ils ne soient perçus comme
inutiles et leur entretien jugé somptuaire.
http://www.wien.gv.at/english/ |
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| Second orateur, le maire de la ville
de Xi’an, Sun Qingyun, rappelle que, berceau
de la civilisation chinoise et capitale de l’empire sous 13
dynasties, sa cité compte plus de 3 000 ans d’âge
et bénéficie, à ce titre, d’une reconnaissance
mondiale considérable. Son ancienneté pose toutefois
problème lorsque vient le temps de discerner ce qu’il
faut conserver, démolir ou reconvertir dans l’inextricable
chevauchement de styles et d’époques qui s’y sont
succédés. D’autant que Xi’an est aussi une
citée moderne axée sur la haute technologie et la croissance
industrielle, et confrontée à un développement
urbain accéléré. |
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Il est vite apparu que toute intervention de
la Ville devait s’articuler dans un plan d'ensemble cohérent
et viable qui maintienne une certaine « lisibilité »
chronologique de sa longue histoire, inclut une vision d’urbanité
pratique permettant à la modernité de s’y intégrer
harmonieusement, et tienne compte, rentabilité oblige, des
exigences du tourisme international.
Fondant leurs actions sur un recours systématique
et un strict respect des sources historiques, les autorités
de Xi’an ont donc adopté une politique du patrimoine
et un plan d’urbanisme qui font la part belle aux vestiges
de la grandeur des Tang, tout en préservant les principaux
éléments issus des autres dynasties, les constructions
populaires de style traditionnel et le lien harmonieux entre paysages
naturels et patrimoine bâti.
Limitant ce qui risque d’altérer l’intégrité
des éléments d'origine aux seuls modifications et
traitements destinés à en assurer la conservation
durable, Xi’an s’est pliée aux normes les plus
pointues dans ses efforts de mise en valeur, entre autres, de la
grande pagode de l’Oie sauvage, figure emblématique
du vieux quartier, désormais bordée de larges places
boisées rappelant le site original du Parc du Lotus des empereurs
Tang, et la réfection des remparts adjacents qui, vieux de
plus de 600 ans, sont les mieux conservés de Chine. Requérant
l’assistance de l’Unesco et de pays amis dans la reconnaissance
et la sauvegarde de certains sites, le maire de Xi’an termine
sa présentation en déclarant « L’histoire
nous a donné la gloire ! Il est, conséquemment, de
notre devoir de rendre au Monde notre patrimoine qui n’appartient
pas seulement aux Chinois, mais à l’humanité
toute entière. »
http://www.tourismchina-ca.com
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| Le troisième intervenant, Gábor
Demszky, maire de Budapest, souligne toute l’importance
qu’il faut accorder à la responsabilité conjointe
des instances civiles et des propriétaires privés en
ce qui a trait à la préservation du patrimoine. S’étant
dotée d’une politique patrimoniale en accord avec les
principes de l’Unesco, Budapest s’est fait un devoir de
soutenir financièrement les efforts de préservation
consentis par les citoyens. Prêts sans intérêt
ou subventions à la restauration, la Ville a mis en place un
programme doté d’un budget spécifique qui, sans
financer la totalité des travaux, attribue des subsides à
la seule condition que l’immeuble, interdit de revente pendant
10 ans, soit rendu à son état d’origine. |
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Mais, tout comme Montréal, Budapest est
le résultat de la fusion récente de plusieurs municipalités
et rencontre, de ce fait, une problématique particulière.
Choix de société, la décentralisation du pouvoir
municipal confère aux 23 districts quasi autonomes un budget
indépendant, le pouvoir de prélever leurs propres
taxes et celui de prendre toutes les décisions de préservation,
ou non, des sites tombant sous leur juridiction. Le pouvoir central
coopère avec les districts, mais ne peut forcer quoi que
ce soit. « C’est pourquoi, exhorte monsieur
Demszky, je recommande à ceux qui sont encore à
définir les juridictions des pouvoirs municipaux, d’éviter
la trop grande décentralisation qui, en matière de
patrimoine, se révèle désastreuse, car elle
donne lieu à des disputes politiques néfastes pour
le paysage urbain et le climat socioculturel. »
http://www.budapest.hu/engine.aspx?page=meetbudapest |
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Enfin, Luc Noppen,
professeur au Département d’études urbaines et
touristiques, et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur
le patrimoine urbain de l’Université du Québec
à Montréal, développe la difficile problématique
de la préservation du patrimoine religieux dans le contexte
d’une désaffection massive des collectivités qui
ont érigé et entretenu ces lieux de cultes. |
Rappelant l’historique des choix patrimoniaux
qui, au Québec, sont passés de la « patrimonisation »
et de la conservation savante des traces historiques aptes à
refléter une identité nationale, à la contestation
collectiviste des années 70 et à la ré-appropriation
citoyenne de la dernière décennie, le professeur Noppen
s’interroge sur le sort réservé aux édifices
dits inutiles, ou inutilisables pour divers motifs, et, surtout,
aux nombreuses églises désaffectées du Québec
dont plus de 400 ont été éliminées,
à Montréal seulement.
La législation actuelle ignore le sort des
églises dont on n’a pas encore déterminé
s’il s’agit de patrimoine public ou privé. Biens
communautaires, puisque construits grâce à des levées
de fonds populaires et locales, les églises suscitent peu
de reprise systématique, contrairement aux édifices
commerciaux restaurés par le privé ou récupérés
par l’État. La privatisation à des fins commerciales
a d’ailleurs un effet négatif sur la collectivité
qui y perçoit une dévalorisation du patrimoine public.
Leur reconnaissance comme biens publics municipaux n’entraînerait
pas une préservation de toutes les églises, d’autant
que la question se pose de l’utilité de cette conservation
en regard d’une désertion religieuse irréversible.
Il faut, selon monsieur Noppen, que l’opinion
publique prenne position sur cette question et que les autorités
s’engagent, au nom de l’intérêt collectif
et dans les limites des moyens financiers disponibles, à
la restauration de certains sites sélectionnés. Cette
conservation sélective pourrait être en partie financée
par la vente des actifs non retenus.
« Le patrimoine n’est pas
la somme de tous nos biens « préservables »,
mais le reflet de notre évolution culturelle et historique.
Il faut impliquer les citoyens et démocratiser le processus
de choix patrimoniaux qui doit être un outil de développement
et non une protection de biens à valeur historique figée
dans le temps. » de conclure monsieur Noppen.
Les interventions des délégués
et participants permettent de préciser les modalités
d’octroi de subventions des villes de Vienne et de Budapest
qui, assorties d’obligations de conformité et d’interdits
de revente, n’ont pas d’impact significatif sur la valeur
foncière des propriétés touchées ; ainsi
que les politiques touchant les patrimoines vert et bleu qui échappent
à la juridiction de Vienne mais préoccupent Budapest,
aux prises avec un projet grandiose de dépollution du Danube
pour lequel elle peut, heureusement, compter sur un prêt de
la Banque Mondiale et sur une aide financière substantielle
de l’Union Européenne.
http://www.unites.uqam.ca/src/regroupements/chaire-canada-patrimoine-urbain.htm
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| La question de la décentralisation
des pouvoirs refait surface avec le commentaire de madame Helen
Fotopulos qui prône un meilleur équilibre
entre la vision de la ville et les plans locaux de chaque arrondissement
« où le patrimoine doit occuper la première
place ! ». Me Bernard Fabre,
adjoint au maire de Montpellier, en profite pour féliciter
Montréal pour sa façon d’intégrer la
vie urbaine à la revitalisation du patrimoine, « parce
que la muséification outrancière peut entraîner
le dépeuplement de zones urbaines. »
Enfin, son collègue de Lyon, Patrice
Béghain, déplore le monopole d’État
sur la protection du patrimoine et le nouveau projet du gouvernement
français qui remet aux collectivités territoriales
la charge financière des restaurations. Rupture de la chaîne
des responsabilités, cette décision risque d’avoir
des effets néfastes « si ne sont pas inculquées
aux urbanistes de tout le territoire de solides notions en matière
de préservation du patrimoine. » |
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